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Castelamap est l'AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) de Castelnau-de-Médoc (33).
Créée le 22 octobre 2008, elle regroupe 97 familles au 14 novembre 2009...

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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 00:01


 

 

Mardi 13 janvier 2009, Port d'Arcachon, à 16 heures...
  

Présentations… 
   
Richard et moi arrivons avec quelques minutes d’avance… Mon regard se tourne vers le bassin : tout est gris-blanc, couleur brouillard, avec une visibilité assez réduite. Après quelques tâtonnements, nous trouvons enfin la Criée, lieu de rendez-vous fixé par Gaëlle, responsable du Relais AMAP Gironde, pour rencontrer Nicolas Brin, l’un des 5 derniers patrons pêcheurs à la journée d’Arcachon.

 

Ah, on ne peut pas dire que ce soit l’affluence des grands jours : le quai est vide. Pas un seul bateau n’a accosté pour débarquer sa pêche. Nicolas nous apprendra par la suite qu’aucune vente à la Criée n’aura lieu avant jeudi : les cours du poisson ont été estimés trop bas pour que cela en vaille la peine… Les grands rideaux métalliques de la Criée sont tirés, et il n’y a quasiment personne alentours, à part une femme à la voix éraillée par la cigarette, qui vend à la sauvette – 10 euros la poche – des maquereaux et des grondins à la mine patibulaire, mais presque...

 

Puis, escorté de quelques mouettes n’arrêtant pas de piailler, le Yeti – le bateau de Nicolas BRIN - pointe son nez. Ce bateau moderne à coque en polyester accoste près de nous, le temps de remplir ses cales de glace pour la prochaine pêche. Faute de vente tà la Criée, le poisson restera sous glace jusqu’à ce qu’il soit débarqué pour la vente de jeudi.

 

Nicolas, patron pêcheur du Yeti, saute sur le quai et se présente à nous. Vêtu d’un sweat à capuche, les mains enfouies dans la poche ventrale de son tricot, tongues aux pieds (été comme hiver), nous sommes loin des stéréotypes que l’on peut s’imaginer habituellement : point de casquette, ni de pipe, et encore moins le visage buriné, émacié par les embruns et le soleil... Mais ne nous méprenons pas, Nicolas connaît bien son métier, et une longue journée passée en mer ne l’empêche pas d’avoir l’œil vif et malicieux…

 

 
 

Une journée de pêche…

 

Entre-temps, Gaëlle nous a rejoint, et demande à Nicolas de nous décrire le déroulement type d’une journée de pêche.

 


 
Le bateau de Nicolas fait 13,30 mètres de long et 5 mètres de large, pour une capacité en charge de 30 tonnes. Chaque matin, il quitte le port vers 4 heures du matin, et il lui faut environ une heure pour quitter le bassin. Puis il se dirige ensuite vers le lieu de pêche, qui couvre une zone s’étendant de Lacanau à Biscarosse.

 

Les filets que l’équipage de Nicolas utilise sont de taille variable. Les plus petits sont larges de 1,50 m, les plus grands peuvent atteindre 6-7 mètres de haut, en fonction du poisson pêché. En tout Nicolas possède 20 km de filets. Ce sont des tramails, juxtaposition de plusieurs couches de filets de maille de grandeurs différentes. Ceci afin d’éviter que le poisson ne s’échappe une fois pris dans les mailles.
 
Ces filets sont en plastique, et proviennent de l’entreprise Frasimex localisée en Vendée. Leur taille permet de prendre des poissons dont le poids varie de 800 g à 1 kg, voire 1,5 kg. Ils ont été posés la veille, et une fois qu'ils ont été relevés, et que le poisson en a été extrait, ils
sont reposés pour le lendemain. 
 

Le poisson est ensuite trié par catégories, vidé, lavé, mais pas écaillé, puis mis en glace. Lors de sa mise en vente, il aura été pêché tout au plus 12 à 24 heures auparavant (sauf exception comme aujourd’hui, en cas de vente ajournée). Nicolas, accompagné toute l’année d’un équipage de 3 marins pêcheurs, peut pêcher de 20 kg à une tonne par jour.

 

Pêche et Mondialisation…

 

Quand Nicolas a débuté dans le métier au début des années 90, il y avait 20 bateaux de pêche à la journée à Arcachon. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 5 sur le port d’Arcachon... Les autres ont cessé leur activité, ou partent en mer 10 à 15 jours, parfois plus longtemps encore.

60 % du chiffre d’affaires de Nicolas va à l’armement (carburant, entretien et maintenance du bateau). Les 40 % restant sont pour les pêcheurs. Trois matelots payés à la part (en fonction de la pêche) et lui composent l’équipage.

 

Actuellement, 100 % de sa pêche part à la Criée. Ici comme ailleurs, les prix sont sans commune mesure avec ceux que l’on paie sur l’étal du poissonnier ou en grande surface. Un exemple : vendredi dernier, sur le marché de Saint-Aubin-de-Médoc, pendant que le maquereau était vendu 7 euros le kg, il se négociait autour de 30 centimes d’euros à la Criée d’Arcachon (1) !!!

 

Ne sont pas étrangères à cette situation les tonnes de poisson certes certifiées "Atlantique Nord-Est", mais d’origine plus ou moins locales, qui s’échangent à la Criée (2). Pêchés plusieurs semaines auparavant, et ayant déjà séjourné longtemps dans les frigos des usines de la mer, ces gros volumes pêchés à bas coût contribuent à tirer les cours vers le bas…

 

Responsabilité grandement partagée avec les centrales d’achat de nos (très) chères grandes surfaces... A chacun sa manière de – soi-disant –  mener le combat pour « défendre notre pouvoir d’achat »…

 

Autant d’éléments qui font que Nicolas cherche à se démarquer du système, et à écouler le fruit de sa pêche autrement, par la vente directe.

 

Chacun y trouvera son compte. Prenons un exemple. Un kg de poisson à la Criée est vendu 5 euros. Nicolas nous le vend 10, alors que nous le trouvons à 15 euros chez le poissonnier.

 

Tout le monde y gagne :

- Nicolas tout d’abord, qui voit le fruit de son travail économiquement revalorisé… Il est définitivement anormal que l’acteur le plus important de la chaine pêche / consommateur soit celui qui soir le moins récompensé des efforts qu’il fournit. N’en déplaise aux moult intermédiaires que le système en place à contribuer à voir se multiplier.

- Nous ensuite, aussi bien en termes de prix d’achat qu’en termes de qualité, et de fraîcheur…

 

Et notre contrat Poisson ?

 

Dans les barquettes que Nicolas fournira à Castelamap, il y aura plusieurs sortes de poissons, avec au moins une variété noble, lotte, sole… Quant aux variétés péchées, elles dépendent de la saison : il y aura aussi de la sole, de la lotte (cf. photo tout en haut de l'article), du merlu… Si le turbot est plutôt stable toute l'année au niveau des cours, il n'en est pas de même à la capture.

 

Nicolas doit nous faire parvenir prochainement une liste des variétés de poissons pêchées, avec leur saisonnalité. Il est prêt à nous livrer le vendredi soir, une fois par mois, 3 kg de poisson frais par famille, pêchés du jour ou de la veille, au prix de 10 euros le kg.

 

Le poisson sera transporté dans un véhicule frigorifique de classe A (véhicule équipé d’un groupe frigo permettant de garantir une température de stockage à 0°). Le véhicule est flambant neuf, nous avons pu le constater...

 

Restent à définir et cadrer rapidement les modalités du contrat Poisson, afin de permettre un démarrage rapide de la formule. Nous pouvons raisonnablement tabler sur une première livraison fin janvier / Début février.

 

Le bouche à oreille fonctionne…

 

3 autres AMAP sont actuellement en discussion avec Nicolas BRIN :

- L’AMAP de Bruges – Le Bouscat (3)

- Une AMAP sur Bordeaux

- L’AMAP de Belin-Beliet

 

Nous les saluons, et nous souhaitons que le concept du contrat Poisson soit un succès et puisse se développer. A raison d’une livraison par mois par AMAP, cela laisse une bonne marge de progression…

 

Développement Durable…

 

Il reste un point à discuter entre nous : les barquettes de polystyrène. Nicolas les achète 1 euro pièce. Pour éviter de les jeter, (ça ne fait pas très écolo comme dit Nicolas) nous avons proposé de les réutiliser. D’un point de vue sanitaire, est-ce possible ?

 

Nicolas nous conseille de les laver à l’eau claire dès réception, car il ne pourra les reprendre si elles sont souillées. Au-delà que quelques utilisations, nous aurons tout loisir de les utiliser pour faire nos semis de fleurs ou de légumes.

 

Autre point : le bateau est lavé au savon liquide et à l’eau de Javel. Lors de la dernière formation sur l’hygiène à laquelle Nicolas a assisté, on lui a dit que c’était le meilleur produit (ou le « moins pire »), et le plus efficace. Il semble également que ce soit celui qui représente le meilleur compromis entre respect des normes sanitaires et environnement.

   

Annie MIRANDE
pour Castelamap

  

Notes

 

(1) Alors la petite dame, au coin de la Criée, qui vendait sa poche de poissons à l’œil glauque à 10 euros le kg, faisait plutôt une très bonne opération, malheureusement un peu au détriment de ses clients…

 

(2) L'appellation "Atlantique Nord-Est" s'étend des côtes équatoriales de l'Afrique à la Manche...
 

(3) Je salue au passage Pascal Desclaux, qui nous a fait découvrir le concept du contrat Poisson.

Par bonnetr - Publié dans : Les Visites chez les producteurs - Communauté : AMAP
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